Les notations en danse : écrire le mouvement, de Feuillet à Laban
Les notations en danse sont des systèmes d’écriture qui permettent de fixer un mouvement sur le papier, comme une partition fixe une musique. ✍️ Pourtant, écrire un geste est bien plus délicat que noter une mélodie : le corps bouge dans les trois dimensions de l’espace, et en plus dans le temps.
Depuis cinq siècles, maîtres à danser, chorégraphes et chercheurs ont donc inventé des solutions très différentes : des lettres alignées sous une mélodie, un tracé au sol vu de dessus, une portée à lire de bas en haut, une grille de fractions… Ainsi, chaque système raconte une manière de penser le mouvement.
C’est pourquoi cet article complète le guide sur les principes du mouvement en danse contemporaine et l’article sur la kinésphère de Laban. D’abord, il explique à quoi sert une notation. Ensuite, il suit l’histoire, de la Renaissance à l’ère numérique, avec quatre schémas simplifiés pour comprendre comment on lit chaque système. Enfin, il compare les principaux systèmes et propose un atelier pour inventer le vôtre. 🧭
En bref
✍️ Trois idées à garder en tête
- Noter la danse, c’est traduire un mouvement qui se déroule dans l’espace et le temps en signes sur une page.
- Chaque système fait un choix différent : le tracé au sol (Feuillet), les directions et les durées (Laban), la silhouette sur portée (Benesh), les angles chiffrés (Eshkol-Wachman).
- Aucun ne remplace la vidéo ni la transmission de corps à corps : ils se complètent.
Partie 1
Pourquoi noter la danse ?
D’abord, la danse est un art du présent : une fois le geste terminé, il ne reste que des souvenirs et, depuis un peu plus d’un siècle, des images. Or, la musique dispose de la partition, et le théâtre du texte. Pour la danse, le défi consiste donc à traduire en signes un mouvement qui se déroule dans l’espace et dans le temps.
Quatre usages principaux
| Usage | Ce que la notation permet | Exemple |
|---|---|---|
| Conserver | Garder le répertoire d’une époque | Des ballets de Petipa, notés vers 1900 et conservés aujourd’hui à l’université Harvard |
| Transmettre | Remonter une œuvre sans son chorégraphe | En 1975, un pas de six de La Vivandière (ballet de 1844) est reconstitué d’après la notation de Saint-Léon |
| Analyser | Décrire un mouvement avec précision | Des cours de cinétographie Laban, à l’université Paris Nanterre, apprennent à observer et à transcrire |
| Protéger | Fixer une œuvre pour établir des droits d’auteur | En 1948, Hanya Holm est la première chorégraphe de Broadway à faire protéger ses partitions de danse, pour Kiss Me, Kate |
Cinq choix à faire pour écrire un mouvement
Ainsi, tout système de notation doit répondre à cinq questions. Par ailleurs, chacun y répond à sa manière, et c’est ce qui les distingue.
- Le corps : comment désigner un pied, un bras, le tronc ?
- L’espace : comment dire vers où va le mouvement ?
- Le temps : comment indiquer le moment et la durée ?
- La qualité : comment suggérer l’énergie, l’intention ?
- La page : dans quel sens lire, et comment relier le tout à la musique ?
Ces choix font ainsi écho aux grands paramètres décrits dans le guide des principes du mouvement : le corps, l’espace, le temps et l’énergie du geste.
À voir en vidéo : écrire la danse
Partie 2
Les débuts : lettres, tablatures et Arbeau
D’abord, les premières notations de la danse sont des aide-mémoire. En effet, dès le XVe siècle, on note les basses danses avec des lettres, placées sous les notes de la mélodie. Ainsi, une courte suite de lettres suffit à rappeler l’enchaînement des pas.
| Lettre | Pas désigné |
|---|---|
| R | Révérence |
| s | Simple |
| d | Double |
| b | Branle |
| r | Reprise |
Autrement dit, ces lettres nomment des pas sans les décrire. Elles supposent donc que le danseur sache déjà les exécuter. Pourtant, ce système a duré un siècle et demi : le manuscrit des basses danses de Marguerite d’Autriche, vers 1500, note ainsi 58 danses sous une portée musicale.
Arbeau : danser en regardant la musique
Ensuite, à la fin des années 1580, Thoinot Arbeau, pseudonyme du chanoine de Langres Jehan Tabourot, publie l’Orchésographie, un traité écrit en dialogue entre un maître et son élève. Surtout, il y aligne les pas et la musique : on lit donc la mélodie et la danse en même temps. Grâce à cette présentation, on peut aujourd’hui reconstituer des danses de la Renaissance, comme la pavane, la gaillarde ou le branle.
Puis, au XVIIe siècle, d’autres essais suivent. Par exemple, John Playford décrit en 1651 les country dances anglaises avec des signes symboliques. De son côté, André Lorin dédie à Louis XIV son Livre de contredance en 1686. Toutefois, il faut attendre la fin du siècle pour qu’un système décrive enfin le mouvement lui-même.
Partie 3
Le tracé au sol de Beauchamp et Feuillet
Finalement, en 1700, Raoul-Auger Feuillet publie à Paris la Chorégraphie, ou l’art de décrire la danse. Il y reprend en effet le système mis au point dans les années 1680 par Pierre Beauchamp, danseur et chorégraphe de la cour de Louis XIV, à la demande du roi. Désormais, la danse de cour dispose d’une écriture complète, qu’on appelle la notation Beauchamp-Feuillet.
Comment lire une page
| Élément | Rôle |
|---|---|
| La feuille | La salle de danse, vue d’en haut |
| Le tracé | Le chemin parcouru par le danseur au sol |
| Les barres | Une barre par mesure, qui relie le chemin à la musique |
| Les signes de pas | Placés le long du tracé : plier, glisser, sauter, tourner |
| La musique | Écrite sur une portée, en haut de la page |
Le système se concentre ainsi sur les pieds : pour chaque pas, il indique l’ordre, la direction, la manière et la durée. En outre, le tracé au sol rejoint une notion du guide : les trajectoires au sol, dessinées par le déplacement dans la salle.
Nuance d’analyste
D’abord, le mot « chorégraphie » ne désigne pas la création d’une danse, mais son écriture : il vient du grec khoreia, « danse », et graphein, « écrire ». Ainsi, le sens a glissé avec le temps : aujourd’hui, on dit « chorégraphie » pour la danse composée elle-même.
Un système qui voyage
Par ailleurs, le système circule vite en Europe. Par exemple, John Weaver en publie dès 1706 une traduction anglaise, intitulée Orchesography. Plus de trois cents danses, surtout pour deux danseurs, nous sont ainsi parvenues. Aujourd’hui encore, des danseurs baroques s’appuient sur ces partitions pour retrouver des danses de bal du XVIIIe siècle.
Partie 4
Du XIXe siècle à Stepanov : des figurines aux notes
Or, au XIXe siècle, le ballet romantique évolue vite, et la notation Feuillet ne suffit plus. Plusieurs auteurs inventent alors leurs propres systèmes. Cependant, un seul va laisser une trace décisive : celui du danseur russe Vladimir Stepanov.
Saint-Léon et Zorn : les figurines
D’abord, en 1852, le maître de ballet Arthur Saint-Léon publie la Sténochorégraphie, ou l’art d’écrire promptement la danse, qui représente les attitudes et les pas par des figurines stylisées. Ensuite, l’Allemand Friedrich Albert Zorn améliore ce principe en 1887. Ces notations ont pourtant laissé des traces : en 1975, Ann Hutchinson Guest a pu reconstituer, d’après celle de Saint-Léon, un pas de six de La Vivandière pour le Joffrey Ballet.
La collection Sergueïev
De son côté, Vladimir Stepanov publie en 1892 à Paris l’Alphabet des mouvements du corps humain, une méthode qui emprunte à la musique ses signes. Le Théâtre impérial de Saint-Pétersbourg l’adopte, puis Nikolaï Sergueïev supervise dès 1900 la notation de plus de vingt ballets, surtout de Marius Petipa et de Lev Ivanov, comme Le Lac des cygnes, La Belle au bois dormant ou Giselle.
Ensuite, à la fin des années 1910, Sergueïev quitte la Russie avec ces cahiers. Puis l’université Harvard les acquiert en 1967 et 1969 : ils y forment la « Sergeyev Collection », conservée à la bibliothèque Houghton. Par exemple, en 1939, ils permettent à Sergueïev de monter La Belle au bois dormant à Londres, pour le Vic-Wells Ballet. Plus tard, en 1999, Sergueï Vikharev s’en sert pour une reconstitution au Mariinsky.
Le jour où l’on déchiffre
Pourtant, personne ne savait lire ces partitions pendant longtemps. Elles sont devenues déchiffrables seulement après la redécouverte du manuel original de Stepanov, dans les archives du Mariinsky. La leçon est donc claire : une notation ne vaut que si l’on garde la clé pour la lire. Par ailleurs, certaines pages restent vagues, comme nous le verrons dans la partie 8.
Partie 5
La cinétographie Laban (Labanotation)
Puis, le tournant arrive au XXe siècle. En 1928, Rudolf Laban expose son système dans Schrifttanz, suivi d’éditions en français et en anglais en 1930. Cette écriture, appelée cinétographie en Europe et Labanotation aux États-Unis, est ainsi devenue la plus répandue au monde.
Par ailleurs, Laban n’est pas seulement l’auteur d’une écriture : il est aussi l’inventeur de la choreutique et de la kinésphère. Autrement dit, sa notation est le versant écrit d’une pensée de l’espace, détaillée dans l’article sur la kinésphère de Laban.
Une portée verticale, lue de bas en haut
Contrairement à une partition de musique, la portée Laban est verticale. On la lit donc de bas en haut, en suivant le temps qui s’écoule. Ensuite, sa ligne centrale représente l’axe du corps : les signes placés à droite concernent le côté droit, ceux de gauche le côté gauche. Enfin, les colonnes correspondent aux parties du corps, avec les appuis, le plus souvent les pieds, juste à côté de l’axe.
Ce que dit chaque élément du signe
| Élément | Ce qu’il indique | Exemple |
|---|---|---|
| Forme | La direction, parmi neuf | Avant, côtés, arrière, diagonales ou sur place |
| Remplissage | Le niveau : bas, moyen ou haut | Pour un pas : jambe pliée, jambe tendue ou sur la pointe des pieds |
| Longueur | La durée | Un bloc deux fois plus long dure deux fois plus longtemps |
| Colonne | La partie du corps | Appui, jambe, bras |
Les neuf directions, chacune sur trois niveaux, donnent ainsi 27 combinaisons. Ce découpage de l’espace rappelle donc celui de la kinésphère.
Deux écoles, un même alphabet
D’abord, vers 1930, Albrecht Knust et Azra, la fille de Laban, fondent la Tanz-Schreib-Stube, premier bureau de notation. Knust, premier cinétographe à plein temps, rédige ensuite un Handbuch der Kinetographie Laban en huit volumes (1946-1950). De son côté, Ann Hutchinson Guest développe le système aux États-Unis et le nomme Labanotation. Parallèlement, le Dance Notation Bureau naît à New York en 1940. Enfin, depuis la création du Conseil international de cinétographie Laban en 1959, les deux versions sont utilisées presque indifféremment.
Le Dance Notation Bureau conserve aujourd’hui des partitions de George Balanchine, Paul Taylor, Mark Morris, Doris Humphrey ou William Forsythe. Ces deux derniers figurent aussi dans le guide des principes du mouvement, qui présente la technique Humphrey-Limón et les outils d’improvisation de Forsythe.
Et en France ?
D’abord, en 1999, le Centre national de la danse (CND) publie une Grammaire de la notation Laban en deux volumes. Par ailleurs, des fonds de partitions sont conservés par le Dance Notation Bureau à New York, par le CND à Pantin, par le CNSMD de Paris et par le Centre national d’écriture du mouvement en cinétographie Laban (CNEM). Enfin, le CNSMD de Paris et l’université Paris Nanterre l’enseignent.
À voir en vidéo : découvrir la notation Laban
Partie 6
Benesh et Conté : la portée du corps
Benesh : une silhouette sur une portée
Mis au point à la fin des années 1940 par Joan et Rudolf Benesh, ce système est présenté en 1955. Sa portée compte cinq lignes, qui représentent le corps d’un danseur vu de dos : la tête, les épaules, la taille, les genoux et les pieds.
Ensuite, on lit de gauche à droite, comme une partition. Des barres verticales marquent le temps, et chaque « image » fixe une position complète du danseur. Par exemple, un court trait horizontal indique une main ou un pied dans le plan du corps, un court trait vertical, une main ou un pied devant le corps, et un point, l’arrière.
Grâce à sa ressemblance avec la portée musicale, cette notation s’écrit sous la musique et reste synchronisée avec elle. Aujourd’hui, la Royal Academy of Dance l’utilise pour enseigner le ballet, et le Victoria and Albert Museum conserve à Londres la collection Benesh. Par ailleurs, en France, le CNSMD de Paris l’enseigne, et le chorégraphe Angelin Preljocaj l’emploie.
Conté : le solfège du corps, à la française
En 1931, le Français Pierre Conté (1891-1971) propose un « solfège corporel » : une partition de neuf lignes, lue de gauche à droite et placée sous la musique. Ainsi, cinq lignes sont réservées aux jambes et aux appuis, une au bassin et au tronc, une à la tête, et deux aux bras.
| Zone du corps | Lignes |
|---|---|
| Jambes et appuis | 5 |
| Bassin et tronc | 1 |
| Tête | 1 |
| Bras | 2 |
| Total | 9 |
Son atout principal : un musicien le lit presque sans préparation. De plus, il permet de créer, d’analyser et de transmettre une chorégraphie. Une partie du répertoire Feuillet a d’ailleurs été transcrite dans ce système, notamment par Francine Lancelot.
Un système vivant mais fragile
Inscrit en 2020 à l’inventaire du patrimoine culturel immatériel en France, le système Conté reste pourtant peu enseigné. De plus, selon la fiche officielle, la formation diplômante n’existe plus, et le fonds Pierre Conté, soit 226 partitions, est déposé à la Bibliothèque nationale de France.
Partie 7
Eshkol-Wachman, Sutton et le numérique
Eshkol-Wachman : le corps en coordonnées
En 1958, la théoricienne de la danse Noa Eshkol (1924-2007) et Avraham Wachman (1931-2010), professeur d’architecture au Technion, tous deux israéliens, publient Movement Notation. Leur idée : réduire le corps à un squelette de segments. Ainsi, chaque membre devient une ligne de longueur fixe, dont l’extrémité libre se déplace à la surface d’une sphère.
Comme la kinésphère de Laban, ce modèle repose donc sur des sphères autour du corps. Cependant, il les mesure : une position se repère par deux coordonnées, un peu comme la latitude et la longitude, par pas de 45 degrés. Ensuite, on l’écrit comme une fraction, avec la hauteur au-dessus et la direction horizontale en dessous.
La partition prend la forme d’une grille. Conçue pour la danse, elle sert pourtant aussi à noter n’importe quel mouvement humain ou animal : langue des signes, sport, médecine, comportement animal. Par exemple, des chercheurs de l’université de Floride l’ont utilisée pour étudier les premiers mouvements des bébés.
Sutton : de la danse à la langue des signes
D’abord, en 1966, à 15 ans, Valerie Sutton imagine une écriture en figurines pour noter ses propres cours de ballet. Puis elle publie en 1973 le Sutton Movement Shorthand. Ensuite, des chercheurs de l’université de Copenhague lui demandent en 1974 de l’adapter aux langues des signes, ce qui donne naissance à SignWriting.
Forsythe : des « technologies d’improvisation » plutôt qu’une notation
Le chorégraphe américain William Forsythe n’a pas créé de notation écrite classique, comme celles de Laban ou de Benesh. En revanche, il a renouvelé la transmission de la danse avec Improvisation Technologies, un outil numérique développé à partir de 1994 et publié en CD-ROM en 1999 par le ZKM de Karlsruhe et les archives allemandes de la danse (Deutsches Tanzarchiv Köln). Sous-titré « A Tool for the Analytical Dance Eye », il présente Forsythe en train d’expliquer ses principes de mouvement, notamment comment imaginer des lignes, des courbes et des formes géométriques autour du corps pour guider l’improvisation.
Depuis le 30 juin 2023, le ZKM en propose les contenus principaux gratuitement en ligne : 59 démonstrations vidéo de Forsythe, trois essais et un entretien. Ils sont accessibles sur le site improvisation-technologies.zkm.de (en anglais).
Ainsi, on peut parler d’une « notation » géométrique et numérique, au sens large : le geste est décrit par des consignes spatiales plutôt que par des signes sur une portée. Plus tard, en 2009, le projet Synchronous Objects, mené avec l’Ohio State University, a prolongé cette idée pour la pièce One Flat Thing, reproduced. Ses créateurs parlent de « traces, scores, maps », soit des traces, des partitions et des cartes. Toutefois, ces outils ne remplacent pas une partition : ils guident l’improvisation ou révèlent l’organisation d’une œuvre. Le guide des principes du mouvement détaille ces outils de Forsythe.
Des notations spécialisées, puis l’ère numérique
Par ailleurs, d’autres systèmes répondent à des besoins précis : la Kahnotation pour les claquettes (1951), le système Chamo pour les danses coréennes (années 1970) ou, plus récemment, une notation pour le tango argentin (2017).
Parallèlement, le numérique transforme l’écriture. Par exemple, DOM (Dance on Microprocessor), créé en 1982 sur Apple II, est le premier système informatisé : il fait danser une figure à l’écran. Plus tard, le logiciel LabanWriter, développé à l’Ohio State University avec Lucy Venable, permet de composer des partitions Laban à l’ordinateur. Enfin, des chercheurs en robotique utilisent la Labanotation pour décrire des gestes du haut du corps que des robots apprennent à reproduire.
Partie 8
Comparer les notations en danse (et leurs limites)
Pour s’y retrouver, voici d’abord la frise des grandes dates, puis un tableau comparatif et un exemple concret.
Frise chronologique
- XVe siècle : Les basses danses sont notées par des lettres sous la mélodie
- 1588-1589 : Arbeau publie l’Orchésographie
- 1700 : Feuillet publie la Chorégraphie (système Beauchamp-Feuillet)
- 1852 : Saint-Léon publie la Sténochorégraphie
- 1887 : Zorn améliore le système de figurines
- 1892 : Stepanov publie l’Alphabet des mouvements du corps humain
- 1928 : Laban expose sa notation dans Schrifttanz
- 1931 : Pierre Conté présente son « solfège corporel »
- 1955 : Les Benesh présentent leur système
- 1958 : Eshkol et Wachman publient Movement Notation
- 1973 : Valerie Sutton publie le Sutton Movement Shorthand
- 1982 : DOM, premier système de notation informatisé
- 1999 : le CD-ROM Improvisation Technologies de William Forsythe est publié
- 2009 : lancement de Synchronous Objects, avec l’Ohio State University
Les principaux systèmes côte à côte
| Système | Principe | Sens de lecture | Plutôt adapté à |
|---|---|---|---|
| Beauchamp-Feuillet | Tracé au sol vu de dessus, avec signes de pas | Le long du tracé, musique en haut de page | Danse baroque : pas et déplacements |
| Laban | Portée verticale : colonne = partie du corps, forme = direction, longueur = durée | De bas en haut | Tous les styles, analyse du mouvement |
| Benesh | Portée de cinq lignes, silhouette vue de dos | De gauche à droite, sous la musique | Ballet et répertoire des compagnies |
| Conté | Neuf lignes, « solfège corporel » | De gauche à droite, sous la musique | Danse et mouvement en général, lisible par les musiciens |
| Eshkol-Wachman | Grille : une ligne par membre, positions en coordonnées | De gauche à droite, une colonne par unité de temps | Tout mouvement humain ou animal, recherche |
Le même pas, écrit de quatre façons
| Système | Pour noter un pas avant du pied droit |
|---|---|
| Feuillet | On prolonge le tracé au sol et on y place un signe de pas. |
| Laban | On écrit un bloc « vers l’avant » dans la colonne d’appui droite, aussi long que la durée du pas. |
| Benesh | On place une courte barre verticale sur la ligne des pieds, du côté droit. |
| Eshkol-Wachman | On écrit la position de la jambe sous forme de fraction : hauteur au-dessus, direction horizontale en dessous. |
Toutefois, ces exemples restent simplifiés : une vraie partition précise aussi l’appui, le niveau, la rotation et bien d’autres détails.
Limites et nuances
Nuance d’analyste
Une notation décrit surtout ce qui se passe, plus rarement comment ni pourquoi. Ainsi, selon la Petipa Society, certaines notations de la collection Sergueïev sont vagues et servaient peut-être d’aide-mémoire à des maîtres de ballet déjà familiers du répertoire. De même, les membres du Dance Notation Bureau ont demandé que la Labanotation s’enrichisse pour exprimer aussi la motivation du mouvement.
Noter ne dispense donc ni de la vidéo ni de la transmission de corps à corps. Au contraire, ces approches se complètent : l’image montre, la partition décrit, et le maître transmet.
Partie 9
Atelier : inventer sa propre notation
En effet, le meilleur moyen de comprendre une notation est d’en inventer une. Pour cela, prévoyez 20 minutes, une feuille, un crayon et un ou une partenaire.
- D’abord, choisir un mini-parcours : trois pas en avant, un demi-tour, un bras qui monte.
- Ensuite, dessiner le tracé au sol, comme Feuillet : une vue de dessus, avec le départ et l’arrivée.
- Puis ajouter le temps : une barre à chaque mesure, ou à chaque groupe de quatre temps.
- Après, écrire en colonnes, comme Laban : une colonne pour le pied droit, une pour le gauche, de bas en haut, avec la longueur pour durée.
- Puis ajouter les directions : un signe pour l’avant, le côté, l’arrière, et un autre pour le niveau bas, moyen ou haut.
- Enfin, faire lire votre partition à quelqu’un d’autre, sans explication, puis comparer avec ce que vous aviez en tête.
Ainsi, les écarts entre les deux versions sont précieux : ils montrent ce que votre écriture laisse dans l’ombre. Or, c’est exactement le problème que chaque notation de cet article a tenté de résoudre.
Variante : notez trois gestes de votre kinésphère, par exemple un bras vers l’avant, sur le côté, puis vers le haut. Pour mieux les situer, vous pouvez vous aider de l’article sur la croix des dimensions.
Noter la danse, c’est faire un choix : décider ce qui mérite d’être gardé. En somme, chaque système raconte autant la danse que celles et ceux qui l’ont écrite.
À lire aussi
- Les principes du mouvement en danse contemporaine : le guide illustré avec vidéos.
- La kinésphère de Laban : la bulle d’espace, ses portées, ses plans et sa géométrie.
✅ À retenir
- En résumé, une notation traduit un mouvement en signes, pour le conserver, le transmettre, l’analyser et le protéger.
- Ensuite, Feuillet (1700) note le tracé au sol, Laban (1928) les directions et les durées sur une portée verticale, et Benesh (1955) une silhouette sur cinq lignes.
- De plus, Conté (1931) est un système français, et Eshkol-Wachman (1958) repose sur des coordonnées.
- Enfin, aucune notation ne remplace la vidéo ni la transmission directe : elles se complètent.
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Questions fréquentes
Qu’est-ce qu’une notation en danse ?
C’est un système de signes qui permet d’écrire un mouvement, comme une partition écrit une musique. En effet, elle traduit des gestes qui se déroulent dans l’espace et dans le temps.
Quelle est la notation de danse la plus utilisée ?
La cinétographie Laban, aussi appelée Labanotation, est la plus répandue au monde. Cependant, la notation Benesh reste très employée dans le ballet.
Peut-on apprendre à lire une notation en France ?
Oui, par exemple au CNSMD de Paris pour les notations Laban et Benesh, ou à l’université Paris Nanterre pour la cinétographie Laban. Toutefois, l’offre change : mieux vaut vérifier auprès de chaque établissement.
Pourquoi ne pas simplement filmer les danses ?
La vidéo montre un mouvement, mais elle ne le décrit pas. Ainsi, la partition permet d’analyser, de reconstituer et de protéger une œuvre. Les deux outils se complètent donc.
📚 Sources et ressources
Ouvrages et documents historiques
- Arbeau, T. Orchésographie, Langres, 1588-1589.
- Feuillet, R.-A. Chorégraphie, ou l’art de décrire la dance par caractères, figures et signes démonstratifs, Paris, 1700.
- Saint-Léon, A. La Sténochorégraphie, ou l’art d’écrire promptement la danse, Paris, 1852 : copie numérisée issue de Gallica (BnF).
- Stepanov, V. I. Alphabet des mouvements du corps humain, Paris, 1892.
- Laban, R. Schrifttanz, 1928.
- Knust, A. Handbuch der Kinetographie Laban, 1946-1950 ; en français : Dictionnaire usuel de cinétographie Laban (Labanotation).
- Challet-Haas, J. Grammaire de la notation Laban, 2 vol., Pantin, Centre national de la danse, 1999.
- Eshkol, N. et Wachmann, A. Movement Notation, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 1958.
Sources officielles et institutionnelles
- Ministère de la Culture, fiche d’inventaire du patrimoine culturel immatériel : « Les savoirs et techniques de notation du mouvement » (système Conté) (PDF).
- Dance Notation Bureau, « Labanotation Fundamentals » et « About the DNB » (en anglais).
- Université Paris Nanterre, cours « Transcrire la danse » (PDF).
- Petipa Society, « The Sergeyev Collection » (en anglais).
- Ohio State University, Département de danse, « In memoriam Lucy Venable » (en anglais).
- ZKM Karlsruhe, « William Forsythe: Improvisation Technologies – The Lectures » (en anglais).
- Ohio State University, communiqué de lancement de « Synchronous Objects » (PDF, en anglais).
- Encyclopædia Britannica, « Dance notation » (en anglais).
Ressources complémentaires en ligne
- Wikipédia, « Notation du mouvement » : repères historiques en français.
- Dance notation, Labanotation, Benesh Movement Notation, Eshkol-Wachman movement notation, Beauchamp-Feuillet notation, Valerie Sutton et Sergeyev Collection (Wikipedia, en anglais).
- History of Information, notice sur l’Orchésographie d’Arbeau (en anglais).
- Article de recherche sur la Labanotation pour robots apprenant par l’observation (arXiv, en anglais).
Les vidéos intégrées appartiennent à leurs auteurs et sont diffusées depuis leurs chaînes, en mode de confidentialité renforcée. Les schémas sont des illustrations originales, très simplifiées : une vraie partition comporte bien d’autres signes. Les idées d’exercices sont des propositions pédagogiques, à adapter au niveau et au corps de chacun·e.
