Comprendre ses besoins affectifs dans le couple
« Les 5 langages de l’amour » de Gary Chapman ont aidé des millions de couples à mettre des mots sur leurs attentes. Mais ce modèle, aussi utile soit-il, n’est pas né de la recherche scientifique : Chapman est conseiller conjugal, pas chercheur, et son livre synthétise des observations cliniques, pas une étude validée.
Des travaux plus récents élargissent le tableau. Voici ce qu’ils apportent, et dix façons de se sentir aimé·e, plus fines que les cinq d’origine. 💕
Cet article prolonge un test
👩❤️👨 Quels sont vos besoins affectifs dans le couple ?
30 questions, 10 catégories, 5 à 8 minutes : pour identifier ce qui vous fait vraiment vous sentir aimé·e, au-delà des cases toutes faites. Gratuit, sans valeur diagnostique.
Faire le test →Partie 1
Chapman : la force et les limites du modèle
Publié en 1992 sous le titre The Five Love Languages (en français : Les langages de l’amour), le livre propose que chacun exprime et reçoit l’amour principalement à travers un registre : paroles valorisantes, temps de qualité, cadeaux, services rendus ou toucher physique. Plus de 20 millions d’exemplaires vendus en anglais, une traduction dans une cinquantaine de langues : un succès qui tient à sa simplicité.
Définition
Langage de l’amour : chez Chapman, la manière privilégiée dont une personne exprime et reçoit l’amour. Son modèle en compte cinq, et suppose que chacun·e en a un principal.
Ce qu’en dit la recherche
Une équipe de chercheurs de Toronto (Impett, Park & Muise, 2024) a examiné les trois affirmations centrales du modèle : chacun aurait un langage préféré, il en existerait cinq, et les couples seraient plus satisfaits en « parlant » le langage de l’autre. Elle n’a trouvé aucun soutien empirique solide à ces trois affirmations.
Ces chercheurs ne jettent pas le modèle pour autant : ils proposent une autre image, celle d’une alimentation équilibrée. Pour aller bien, une relation a besoin de toute une palette de « nutriments » affectifs, pas d’un seul langage. Cela ne rend pas le modèle de Chapman inutile : cela change simplement la façon de s’en servir.
Partie 2
Ce que dit la recherche récente
Trois études publiées en 2025 par l’équipe de Sharon Flicker et Flavia Sancier-Barbosa (Université d’État de Californie, Sacramento) affinent le tableau, sans le rejeter en bloc :
- 🎯 Le langage « préféré » ne fait pas toute la différence. Chez 696 personnes en couple, être satisfait·e de la façon dont son ou sa partenaire « parle » son langage principal ne prédit pas mieux la qualité de la relation que la satisfaction dans les autres registres. Les paroles valorisantes et le temps de qualité pèsent même davantage (Flicker & Sancier-Barbosa, 2025).
- 🧩 Cinq catégories, c’est probablement trop peu. En partant des comportements réels plutôt que du modèle de Chapman (une démarche dite bottom-up), trois études de 499 à 696 participant·es montrent que des modèles de 7 à 10 catégories décrivent mieux les données, et prédisent mieux la qualité de la relation, qu’un modèle à 5 (Flicker et al., 2025).
- 🌈 Moins de la moitié des personnes ont un langage principal identifiable. Dans une étude pré-enregistrée auprès de 499 personnes vivant en couple, la qualité de la relation est surtout liée à la satisfaction sur un large éventail de gestes. Les prédicteurs les plus solides : les paroles valorisantes, l’encouragement des projets personnels, le soutien dans les moments difficiles et la responsabilité, c’est-à-dire s’excuser sincèrement et réparer après un désaccord (Flicker, Sancier-Barbosa & Impett, 2025).
Trois de ces besoins, la responsabilité, le soutien dans les moments difficiles et l’encouragement des projets personnels, n’existent pas dans le modèle de Chapman. Ils font partie des dix catégories explorées dans le test associé à cet article.
En résumé : le modèle d’origine face aux données
| Ce qu’affirme le modèle de Chapman | Ce que montre la recherche récente |
|---|---|
| Chacun a un langage principal | Moins de la moitié des personnes en ont un identifiable |
| Il existe cinq langages | Des modèles de 7 à 10 catégories décrivent mieux la réalité |
| Il faut « parler » le langage de l’autre | Ce qui compte surtout : la satisfaction sur l’ensemble des gestes |
Honnêteté méthodologique
Ces études portent sur des adultes en couple depuis longtemps, principalement aux États-Unis. Elles décrivent des tendances moyennes : elles ne disent pas ce qui doit compter pour vous.
Partie 3
Les dix besoins affectifs
Pour chacun : ce qui vous fait sentir aimé·e, une piste pour en parler à deux, et une façon de le nourrir vous-même.
1. Responsabilité et compromis
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : les désaccords se règlent avec justesse : des excuses sincères, une écoute réelle des torts de chacun·e.
🗣️ Pour en parler : « Quand on n’est pas d’accord, qu’est-ce qui te ferait sentir que je prends vraiment en compte ton point de vue ? »
🌱 Le nourrir soi-même : reconnaître un tort, même minime, dans un désaccord, envers votre partenaire ou dans toute autre relation.
2. Affirmation verbale
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : les mots comptent énormément : entendre qu’on vous aime, qu’on vous apprécie, recevoir un compliment sincère.
🗣️ Pour en parler : « Il y a des mots que j’aimerais entendre plus souvent : est-ce que je peux te dire lesquels ? »
🌱 Le nourrir soi-même : notez chaque jour une phrase bienveillante que vous auriez aimé entendre, et offrez-la-vous à voix haute.
3. Cadeaux
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : un objet offert sans occasion, pensé pour vous : une preuve tangible d’attention.
🗣️ Pour en parler : « Ce n’est jamais la valeur du cadeau qui compte pour moi, c’est que tu y aies pensé. »
🌱 Le nourrir soi-même : offrez-vous, sans occasion particulière, un petit objet qui vous fait plaisir.
4. Intimité physique
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : le contact physique : une caresse juste, un baiser, une présence corporelle attentive.
🗣️ Pour en parler : « J’aime particulièrement quand tu… Est-ce que je peux te montrer ce qui me touche le plus ? »
🌱 Le nourrir soi-même : un contact conscient avec vous-même : respiration, étirement, main sur le cœur.
5. Dorloter et chouchouter
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : être choyé·e physiquement (un massage, un bain préparé pour vous) et recevoir du soin sans avoir à le demander.
🗣️ Pour en parler : « Quand je suis fatigué·e, un petit geste de soin de ta part me fait énormément de bien. »
🌱 Le nourrir soi-même : accordez-vous un vrai moment de soin, sans attendre que quelqu’un d’autre vous l’offre.
6. Services rendus
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : voir l’autre alléger votre quotidien : une tâche prise en charge sans qu’on ait eu à demander.
🗣️ Pour en parler : « Cette semaine, une chose qui m’aiderait vraiment serait que tu… »
🌱 Le nourrir soi-même : repérez une petite charge que vous pouvez vous alléger vous-même cette semaine.
7. Soutien aux objectifs personnels
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : être encouragé·e, voir ses réussites célébrées, sentir que l’autre croit en soi.
🗣️ Pour en parler : « Ce projet compte beaucoup pour moi : ton soutien me porte vraiment. »
🌱 Le nourrir soi-même : célébrez vous-même une petite réussite récente, sans attendre que quelqu’un la remarque en premier.
8. Auto-dévoilement
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : la conversation vraie : que l’autre partage ses pensées, ses émotions, le fil de sa journée.
🗣️ Pour en parler : « J’aimerais qu’on prenne plus souvent un moment pour se raconter vraiment nos journées. »
🌱 Le nourrir soi-même : tenir un court journal de ce que vous ressentez chaque jour.
9. Soutien dans les moments difficiles
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : une présence dans les moments durs : être là physiquement, des bras qui accueillent.
🗣️ Pour en parler : « Quand ça ne va pas, ce dont j’ai le plus besoin, c’est juste que tu sois là, pas forcément que tu répares. »
🌱 Le nourrir soi-même : identifiez une personne ou un rituel simple vers lequel vous tourner dans les moments difficiles.
10. Intégration sociale
💛 Ce qui vous fait sentir aimé·e : être inclus·e dans le cercle social et familial de l’autre, être présenté·e, accompagné·e aux moments importants.
🗣️ Pour en parler : « Ça compte beaucoup pour moi d’être associé·e à ton entourage. »
🌱 Le nourrir soi-même : cultivez activement votre propre réseau d’appartenance : ce besoin ne dépend pas uniquement du couple.
À lire aussi : Théorie de l’attachement : de l’enfance aux relations adultes
Partie 4
Comment utiliser ce test, honnêtement
Ce n’est pas un instrument validé scientifiquement au sens strict : c’est un outil de réflexion et de conversation, construit à partir de recherches récentes plutôt qu’inventé de toutes pièces.
Ce qu’est le test
Une adaptation NezSens de 30 questions, trois par besoin, avec une échelle de 1 (« pas important du tout ») à 7 (« extrêmement important »). Elle s’inspire des dix catégories issues des travaux de Flicker et al. (2025) et du questionnaire de Philipp Riehm (2026). Elle ne reproduit pas le questionnaire source de 43 items et n’en constitue pas une nouvelle validation.
🚫 Ne vous enfermez pas dans « un seul » besoin dominant : la recherche montre que la plupart des gens en valorisent plusieurs à la fois.
💬 Utilisez-le comme point de départ de conversation, pas comme diagnostic : les phrases « pour en parler » sont pensées pour ça.
🔄 Vos besoins peuvent évoluer avec le temps, le contexte, la relation : refaites le test si votre vie a changé.
Et dans l’autre sens ? Ce qui vous fait vous sentir aimé·e n’est pas forcément ce que vous donnez spontanément. C’est le principe « import-export », associé aux travaux d’Ulrich Clement : à découvrir sur la page du test.
📄 Une fiche à remplir à deux
Une page A4 à imprimer : chacun·e coche ce qui compte pour soi, ce que l’on reçoit déjà, ce que l’on aimerait un peu plus et ce que l’on aime donner. Avec un mode d’emploi et des points de vigilance, pour en parler sans reproche.
Télécharger la fiche (PDF)Gratuite, sans inscription. Elle ne remplace ni un accompagnement, ni une thérapie de couple.
💞 À retenir
- Les 5 langages de Chapman sont une métaphore utile, pas une théorie validée scientifiquement : leurs trois postulats centraux manquent de soutien empirique solide.
- Exprimer plusieurs formes d’amour compte plus que deviner « le bon » langage de l’autre.
- Des modèles de 7 à 10 catégories décrivent mieux la réalité qu’un modèle à 5. Trois besoins absents de Chapman (responsabilité, soutien dans l’épreuve, encouragement des projets) comptent parmi les plus liés à la qualité de la relation.
- Chaque besoin peut aussi se nourrir soi-même, pas seulement être attendu de l’autre : un point souvent oublié dans les discours sur les langages de l’amour.
À vous de jouer
Qu’est-ce qui vous fait vous sentir aimé·e ?
30 questions, 5 à 8 minutes, pour mettre des mots sur vos besoins affectifs et en parler à deux.
Faire le test →🌱 Sans diagnostic, sans jugement : juste une photographie pour ouvrir le dialogue.
Questions fréquentes
Ce test est-il validé scientifiquement ?
Non. C’est une adaptation NezSens de 30 questions, inspirée de recherches récentes : un outil de réflexion et de conversation, pas un instrument de diagnostic.
Combien de temps faut-il pour répondre ?
Entre 5 et 8 minutes pour les 30 questions.
Peut-on le faire en étant célibataire ?
Oui. Appuyez-vous sur vos expériences passées ou sur ce qui vous semblerait important dans une future relation.
Est-ce normal d’avoir plusieurs besoins prioritaires ?
Oui, c’est même le cas le plus fréquent : la plupart des personnes valorisent plusieurs formes d’attention à la fois.
Comment en parler à deux sans que cela sonne comme un reproche ?
Parlez de vous (« j’aimerais… ») plutôt que de l’autre (« tu ne fais jamais… »), commencez par ce qui va déjà bien, et choisissez un moment calme. La fiche à télécharger dans la partie 4 est pensée pour ça.
Faut-il le refaire ?
Vos besoins peuvent évoluer avec le temps, le contexte et la relation : refaites le test si votre vie a changé.
📚 Sources et références
- Chapman, G. (1992). The Five Love Languages: How to Express Heartfelt Commitment to Your Mate. Chicago : Northfield Publishing. Éd. française : Les langages de l’amour, Farel.
- Impett, E. A., Park, H. G. & Muise, A. (2024). Popular Psychology Through a Scientific Lens: Evaluating Love Languages From a Relationship Science Perspective. Current Directions in Psychological Science, 33(2), 87-92. doi:10.1177/09637214231217663
- Flicker, S. M. & Sancier-Barbosa, F. (2025). Testing the predictions of Chapman’s five love languages theory: Does speaking a partner’s primary love language predict relationship quality? Journal of Marital and Family Therapy, 51(1), e12747. doi:10.1111/jmft.12747
- Flicker, S. M., Sancier-Barbosa, F., Clemons-Castanos, C., Field, S., Jackson-Zambon, S., Phelan, M. & Impett, E. A. (2025). How Many Love Languages Are There? Examining Chapman’s Five Love Languages Using a Bottom-Up Approach. Journal of Marital and Family Therapy, 51(4), e70072. doi:10.1111/jmft.70072
- Flicker, S. M., Sancier-Barbosa, F. & Impett, E. A. (2025). Revisiting the Five Love Languages Framework: Toward a More Flexible Model of Love Expression. Journal of Marital and Family Therapy, 51(4), e70078. doi:10.1111/jmft.70078
- Riehm, P. (2026). Fragebogen zum Erleben der Beziehungsqualität. Paartherapie Online, mis en ligne le 26 mars 2026. Consulter le questionnaire
- Clement, U. (2004). Systemische Sexualtherapie. Stuttgart : Klett-Cotta.
