Ce qui ne change pas
Approche
Que je sois sur un plateau de danse, en formation avec un groupe en insertion professionnelle, ou en cabinet — quatre choses ne changent pas. Le reste — médiation, technique, format — s’ajuste au contexte. Ça, non.
Ce qui suit n’est pas une méthode de soin. Pour le détail clinique d’un accompagnement → les Jardins Suspendus.
Accompagner sans prendre toute la place
Une marionnette porte ce que la personne ne peut pas encore porter seule. J’ai mis des années à comprendre que mon rôle, sur scène comme en accompagnement, n’était pas si différent : être l’objet qui porte un moment — puis disparaître, pour laisser la personne reprendre ce qui lui appartient.
Concrètement, je ne sais pas toujours où je vais avec quelqu’un. C’est l’autre qui me guide, à l’aveugle, à ses côtés. Ce n’est pas moi qui sais : je propose une traduction de ce que je crois comprendre, puis je la confronte à son propre ressenti. Si ça ne résonne pas pour elle, c’est elle qui a raison — pas ma lecture.
L’unicité de chacun, jamais comparée
Vingt ans de scène et d’enseignement m’ont mis face à des publics très différents — enfants, adultes, personnes handicapées, artistes professionnels. Ce qui n’a jamais changé : la conviction que chaque corps a quelque chose à dire, et que rien de ce qui se dit ne se compare à ce que dit quelqu’un d’autre.
Même en groupe, personne n’est mesuré à la personne d’à côté. Chacun avance à son propre rythme, avec son propre langage. Ce n’est pas une tolérance polie — c’est un principe de travail : la comparaison ferme exactement ce que l’accompagnement cherche à ouvrir.
Déployer ce qui est déjà là
Pendant longtemps, je créais mes propres mouvements sans chercher à les nommer. Jusqu’au jour où quelqu’un m’a dit : « ce que tu fais ressemble au butô. » Je ne savais pas ce que c’était. Le nom est arrivé après — la spontanéité, elle, était déjà là.
C’est ce que je cherche à provoquer chez l’autre : pas une technique à transmettre depuis l’extérieur, mais des ressources déjà présentes, qu’il s’agit de mettre en condition de se déployer. Sur un plateau, en formation, en cabinet — mon travail commence souvent par me retirer un peu, pour que la spontanéité ait de la place.
Fermeté et douceur, sans jugement
Le clown thérapeutique ne fait pas rire aux dépens de quelqu’un. Le nez rouge est une invitation à ne pas se prendre trop au sérieux — à rester faillible, visiblement. Ça, c’est la douceur.
La fermeté, c’est le cadre : aucun commentaire sur ce qui est créé, ni « j’aime » ni « j’aime pas ». Et si quelqu’un ne se sent pas à l’aise, écouté, respecté — il a le droit d’aller voir un autre praticien. Ce n’est pas un échec, c’est un droit. Comprendre quelqu’un sans le juger suppose de tenir les deux à la fois : la rigueur d’un cadre clair, et la chaleur de ne jamais évaluer ce qui s’y passe.
Ne pas nuire est la limite que je ne dépasse jamais. Et être utile ne veut pas dire apporter ce qui était attendu — parfois, ce qui aide vraiment n’est pas ce qu’on est venu chercher. Cette honnêteté-là construit plus de confiance, sur la durée, qu’une promesse de résultat.
Ces quatre choses se vérifient différemment selon où tu regardes : en art-thérapie, en formation, sur scène ou en cours.
Si quelque chose résonne, la porte est ouverte. Prendre contact →
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