Démarche · Artistique
Posture artistique un pas de côté avec le quotidien.
Comment le socle commun se traduit dans la création : sur un plateau, dans la rue, au cirque ou dans la nature, avec des artistes comme avec des amateurs.
🌿 01 · D’où part le travail
Un lieu, une image, une narration.
Quand je crée, le travail part souvent d’une image ou d’une idée. Parfois, c’est le titre d’un spectacle d’autrefois, ou une image qui m’inspire. Mais j’ai toujours besoin du lieu, et du contexte : le reste suit. Et quel que soit l’élément de départ, je cherche toujours une narration.
La rue, le plateau de théâtre, le cirque, la nature : chaque lieu compte. La nature surtout reste pour moi une source d’inspiration. Tout inspire à créer, à laisser émerger du néant une part de soi, indicible autrement.
- Les arbres de la villa Aurélienne, à Fréjus
- Les hêtres pourpres des parcs parisiens
- Les ruisseaux de la Vésubie
J’ai besoin de faire un pas de côté avec le quotidien. Sinon, à quoi bon faire du spectacle ?
J’écris de la poésie depuis mes 17 ans. Je n’ai pas encore fait de mes poèmes des spectacles, mais mes spectacles ont une approche poétique : pour moi, la poésie, c’est l’inscription du corps dans l’espace scénique.
✨ 02 · La vérité du geste
Un geste qui n’a pas été appris.
Un geste vrai, c’est peut-être un geste qui n’a pas été appris. Il émerge de soi, parfois se répète, et se traduit chaque fois différemment.
Je le reconnais à une sensation. Le geste est sensationnel : pas au sens performatif, mais au sens d’une sensorialité exacerbée au moment même du mouvement. C’est ce qui crée l’harmonie entre le geste et le danseur, entre le mot et le clown, entre l’anecdote et le théâtre. Et c’est cette harmonie qui fait toute sa beauté.
🎯 Pas de jugement, mais une exigence
En création, l’exigence esthétique et éthique est très grande. L’évaluation, ensuite, c’est le public.
🎭 03 · Le butô et le clown
Mon pont entre l’Orient et l’Occident.
Le butô m’a amené au clown. Mais je pense qu’en vérité, le butô amène à l’essence de chaque personne : chez moi, elle s’est traduite par l’art clownesque.
Le butô
Vers l’arrière de soi
Sortir du moi, revenir aux sensations.
Le clown
L’abandon
S’abandonner à cette sensorialité, à une spontanéité qui jaillit en même temps qu’elle nous déroute.
Les deux cohabitent très bien. Il y a souvent, voire toujours, un peu d’impromptu, de non-maîtrise, quelque chose qui échappe : c’est ça, mon pont entre l’Orient et l’Occident. L’Occident a malheureusement tendance à oxyder, à fermer. L’idée est de desserrer ce besoin mental de maîtrise, ce qui n’est pas simple pour le perfectionniste que je suis.
C’est de ce pont qu’est né Pierrot Buto, en 2012, sur la place Masséna à Nice.
👁️ 04 · Le public
Pas seulement divertir : partager.
Ce que je cherche avec le public, c’est un véritable temps de partage authentique : de la proximité, de l’échange, et un certain apport. En quoi tel numéro pourrait avoir un petit intérêt pour autrui. Que le spectacle ne soit pas que divertissement, mais aussi témoignage, et enrichissement pour celles et ceux qui le souhaitent.
J’ai compris très tôt que ne faire que de la scène ne m’aurait certainement pas permis de garder un bon équilibre.
Créer, plutôt que reproduire
Je n’éprouve aucun plaisir à reproduire plusieurs fois le même numéro ou le même spectacle. Ce n’est pas un refus de rendre mon image vendable ou rentable : c’est, en vérité, une incapacité. Mon plaisir, peut-être même mon bonheur, est dans la création, pas dans la reproduction.
Ce que j’aime, c’est ce processus qui nous perd, qui nous sépare pour mieux nous retrouver.
📖 Un souvenir de scène
Les interactions avec le public m’emmènent souvent plus loin dans l’improvisation. Un jour, à partir d’une marionnette de lapin, l’échange avec une participante m’a amené à chanter une chanson de Chantal Goya. Toute la salle s’est mise à la chanter avec nous.
🤝 05 · Créer avec tous
Rendre visible le meilleur invisible.
Avec la Compagnie Le Cœur Accords, c’était vraiment ça. J’avais même créé une troupe de danseurs de butô, avec des personnes en situation de handicap ou non.
Faire émerger en chacun ce meilleur invisible, et le rendre visible : non pas comme une partition à exposer, mais comme une lumière colorée à faire briller, pour qu’elle puisse toucher d’autres teintes chez d’autres personnes dans l’assemblée.
🎨 06 · Ce qui me nourrit
Des figures qui continuent de m’inspirer.
Danse, clown, mime, musique, image, peinture, écriture : une liste ouverte, qui s’enrichira avec le temps.
- ButôSankai Juku et Ushio AmagatsuUne évidence, et une révélation.
- DanseOdile DubocLe travail sur la matière.
- ClownHoward Buten, le clown BuffoClown, écrivain, et psychologue clinicien auprès d’enfants autistes.
- Mime · cinémaJean-Louis Barrault, le mime BaptisteLes Enfants du paradis, Marcel Carné (1945).
- MusiqueBjörk
- Photographie · filmGregory ColbertAshes and Snow.
- PeintureEdvard MunchLe Cri.
- PeintureMarc ChagallSes couleurs et ses formes d’innocence.
- ÉcritureChristiane SingerPour sa passion et son dévouement.
- ÉcritureEtty HillesumUne vie bouleversée.
🔗 Pour prolonger
Les autres facettes de la démarche.
🌱 Et maintenant ?
Si quelque chose résonne, la porte est ouverte.
📚 Œuvres citées
- Carné, M. (1945). Les Enfants du paradis. Avec Jean-Louis Barrault dans le rôle du mime Baptiste Deburau.
- Colbert, G. Ashes and Snow. Photographies, films et installation itinérante.
- Hillesum, E. Une vie bouleversée. Journal 1941-1943. Paris : Seuil.
- Munch, E. (1893). Le Cri.
