Démarche · Pédagogie
Posture pédagogique de son propre mouvement.
Comment le socle commun se traduit en cours, en atelier ou en intervention, auprès des enfants, des adolescents et des adultes : en danse, en butô, en clown ou en marionnette.
🌱 01 · La base
Se sentir bien, et avoir envie de revenir.
Ce que j’espère apporter avant tout, c’est de la confiance et de l’estime de soi. Je ne sais pas toujours ce que chaque élève emporte, mais je sais ce qui compte : se sentir bien en cours, à l’aise, et avoir du plaisir à revenir. Enfant, adolescent ou adulte, c’est la base.
Le respect
C’est l’un de mes fondements : on ne se moque pas, on est là pour apprendre. Et le professeur que je suis apprend aussi des élèves présents.
Aucune obligation
Un élève qui ne veut pas faire un exercice n’y est jamais obligé. Il n’y a donc pas de refus sur lequel j’insisterais, au contraire.
Un espace sécurisant
Toute une atmosphère qui permet à chacun de s’exprimer librement. C’est elle qui rend les blocages rares.
🧭 02 · Explorer avant d’imiter
Le mouvement est déjà là.
Avant d’apprendre des mouvements clés, j’invite d’abord les élèves à s’approprier l’espace : une simple marche, une course, en accentuant le crescendo et le décrescendo. Pour faire comprendre, déjà, que la danse est reliée au mouvement, et que le mouvement est relié au quotidien.
L’exploration est une phase de structuration à part entière, plutôt que la seule imitation et répétition. Le même principe vaut pour chacun des arts que j’enseigne :
Danse
Une marche, une course, des crescendos et des décrescendos : l’espace et le quotidien comme premières matières de la danse.
Marionnette
Entrer sur scène avec sa marionnette, en sortir, à des vitesses différentes : avant tout enseignement, une dynamique scénique très intéressante apparaît déjà.
Clown
Après un échauffement physique et mental : une entrée inattendue, une sortie. Sans en faire plus, simplement être là.
Quel que soit l’âge, je m’appuie sur ce que les élèves proposent, souvent à leur insu, pour nourrir la matière du cours.
Écrire avec le corps — J’utilise souvent la métaphore de l’écriture : la chorégraphie est une écriture du corps dans l’espace. J’emprunte au travail d’Odile Duboc l’image du pré-mouvement comme un temps de majuscule : le corps se met en majuscule pour se préparer au mouvement dansé. La notion de pré-mouvement est développée par Hubert Godard, l’un des piliers de mes fondations théoriques en danse.
« Spontané » vient du latin sponte : de son plein gré, de son propre mouvement. C’est ce que j’insuffle dans mes cours. La technique est au service de ce « petit plus » unique de l’artiste en herbe.
Pour s’y repérer — Selon le Dictionnaire de l’Académie française, « spontané » est emprunté au latin tardif spontaneus, dérivé de sponte, ablatif de spons, « la volonté », que l’on retrouve dans la locution sua sponte.
⏱️ 03 · Le déroulé
Une séance, cinq temps.
Dans un cours comme dans un atelier, on retrouve toujours les mêmes étapes.
- 1Accueil
- 2Présencel’appel
- 3Échauffement
- 4Exploration
- 5Composition
Entre ces temps, parfois, quelques mots ou un temps de parole, simplement pour prendre la température de chacun. Chaque élève est unique, et chaque groupe l’est d’autant plus : j’essaie de m’adapter au mieux à chacun, à chaque groupe, et tout au long de l’année.
Plaisir, rigueur et sens
Le plaisir, la rigueur et le sens dans la technique sont indispensables pour construire la conscience corporelle du danseur.
Et l’évaluation ?
Tout dépend du contexte. Quand le cadre exige une évaluation, je n’oublie jamais l’impact qu’elle peut avoir sur l’élève. Elle reste technique. Et je pars d’un principe :
Si une évaluation n’a pas été concluante, ce n’est pas seulement une erreur de l’élève. C’est peut-être aussi le professeur qui n’a pas su, ou pas pu, l’expliquer convenablement.
Un cadre de référence — Pour la danse, je reste au plus près du Schéma national d’orientation pédagogique de l’enseignement public spécialisé de la danse, de la musique et du théâtre (ministère de la Culture, 2023), et je m’en inspire pour les autres arts que j’enseigne. Pour le cirque, je m’appuie sur les repères de la Fédération française des écoles de cirque (FFEC) et sur le cahier des charges Éducation nationale / FFEC des activités circassiennes à l’école : une pratique qui ne se limite pas au physique mais intègre ses dimensions culturelle, artistique et éducative, une sécurité adaptée à l’âge, et l’éducation du spectateur.
👧 04 · Enfants, adolescents, adultes
Un même cap, des langages différents.
Le fond ne change pas. Ce qui change, c’est la manière de le transmettre.
Enfants
J’adapte mon langage : beaucoup plus d’images, beaucoup plus d’imaginaire, et des gestes pour illustrer ce que je veux dire.
Adolescents
La puberté reste une période délicate. J’évite de mettre en avant tel ou tel élève, mais je repère dans le groupe ceux qui se montrent spontanément et ceux qui restent en retrait, pour peu à peu valoriser les plus discrets et leur donner un espace pour progresser.
Adultes
Ils viennent souvent chercher un temps d’évasion, une remise en forme, un contact avec leur corps, et un espace d’expression. Pour certains, c’est une première expérience artistique ; pour d’autres, une reprise après une rupture avec un art pratiqué auparavant.
Danse adaptée et inclusion
Pas de grand changement de fond. J’adapte mon discours et mon langage, je donne des consignes moins verbales, et je suis beaucoup plus dans l’observation, attentif à ce que les élèves proposent.
🎭 05 · Le regard du public
Apprendre à être vu, sans en être obsédé.
En cours de danse, le miroir a une place très particulière : dans la mesure du possible, je le cache. Le miroir rappelle le regard du public, et il est important pour l’élève que ce regard-là soit intériorisé. D’où l’importance du travail en dehors des miroirs.
Par moments, des temps de restitution devant un public privé (les parents, les amis des élèves, invités à certains cours dans l’année) préparent à une restitution publique, pour le spectacle de fin d’année. Le spectacle vivant comme les arts visuels ont vocation à être vus : je prépare l’élève à ce regard de manière progressive, sans qu’il en devienne une obsession.
📖 Un souvenir de scène
Lors du spectacle de fin d’année de mes cours pluridisciplinaires à Nice, une élève a pris le micro et s’est mise à chanter sur la musique, sans que ce soit prévu. Elle s’est sentie suffisamment libre et inspirée pour le faire. Je ne m’y suis pas opposé : cela faisait partie de son processus d’expression à ce moment-là.
Sur scène, s’exprimer librement est valorisé, dès lors que c’est habité et respectueux du public.
🌉 06 · Pédagogie et thérapie
Accueillir ce qui émerge, sans entrer dans l’histoire.
En cours, je n’entre pas dans l’histoire de l’élève. Je reste toujours dans une neutralité : je laisse un espace d’ouverture, sans pour autant ouvrir cet espace-là devant le groupe.
Si quelque chose émerge chez un élève, je lui propose un petit temps juste après le cours, hors du regard du groupe : pour poser des mots si c’est nécessaire, l’orienter s’il en a besoin, et ne pas le laisser seul avec ce qui s’est passé.
Les temps d’exploration restent des temps d’exploration, pas d’approfondissement. C’est ce qui fait que, normalement, ils ne viennent pas cristalliser de mémoires traumatiques.
L’autre cadreLa posture thérapeutique : une clinique du sens, pas de la production🔗 Pour prolonger
Les autres facettes de la démarche.
🌱 Et maintenant ?
Si quelque chose résonne, la porte est ouverte.
📚 Sources citées
- Ministère de la Culture (2023). Schéma national d’orientation pédagogique de l’enseignement public spécialisé de la danse, de la musique et du théâtre. Bulletin officiel hors-série n° 5, 18 septembre 2023.
- Académie française. Dictionnaire de l’Académie française, 9e édition, article « spontané ».
- Duboc, O. (1941-2010), chorégraphe. Projet de la matière (1993).
- Godard, H. « Le geste et sa perception ». In M. Michel & I. Ginot, La danse au XXe siècle. Paris : Bordas, p. 224-229. — Pré-mouvement.
- Ministère de l’Éducation nationale & Fédération française des écoles de cirque. Cahier des charges « Activités circassiennes à l’école, au collège et au lycée » (convention du 21 juillet 2010).
