NezSens · Art-thérapie
Le fond des séances d’art-thérapie.
Ni tout à fait dans le temps.
Ni hors de lui.
Un pas de côté. Un espace pour respirer.
🧭 Vous cherchez autre chose ?
Ici, il s’agit d’autre chose : l’intérieur du geste — ce qui se joue vraiment dans l’espace d’une séance.
🌿 Présentation de la vision
Les Jardins Suspendus.
Les « Jardins Suspendus » sont des espace-temps particuliers où quelque chose peut se déposer, se déplacer, ou simplement respirer. Face à la souffrance, nous ne cherchons pas l’affrontement frontal mais plutôt un pas de côté — non pas pour fuir ce qui est difficile, mais pour créer un interstice entre la personne et sa douleur, pour donner de l’oxygène à ce qui, en elle, demeure vivant.
Ce feu n’a rien de mystique. C’est simplement ce qui anime quelqu’un. Ce qui le fait encore battre.
Dans cet espace, ce qui se fait importe moins que le fait de s’autoriser à y entrer. Tremper les mains dans l’eau et la terre. Gribouiller. Bouger. Se taire. Ne rien produire. Laisser la subjectivité façonner quelque chose — ou rien du tout.
Ce qui se construit appartient à la personne. Elle peut se l’approprier, ou non. Mon rôle est de veiller à ce que cet espace reste sécurisant, éthiquement cadré, orienté vers la bientraitance envers soi-même. Pas vers la performance. Pas vers la comparaison. Pas vers la culpabilité.
Un espace où, pour un temps, on se laisse tranquille.
À propos de l’auteur
Mickaël Chalopin
Danseur · Clown · Art-thérapeute · Formateur
Après plus de vingt ans de médiation corporelle et artistique — cirque, butô, clown, marionnettes, danse contemporaine — Mickaël Chalopin a développé ce dispositif à partir de 2016, à la croisée de la danse-thérapie et de l’art-thérapie. Diplômé d’État en danse contemporaine, certifié RNCP niveau 6 en art-thérapie, il a expérimenté ces outils dans des contextes très différents : groupes en insertion professionnelle, accompagnements individuels, partenariats avec des psychologues et psychiatres cliniciens.
Les Jardins Suspendus ne sont pas une méthode figée. C’est une pratique vivante, née de la clinique et de l’expérience sensible — et qui continue d’évoluer. Ce dispositif s’adapte au sujet ; il n’est pas rigide.
🌱 D’où ça vient
À l’origine, une question clinique simple et peu élégante.
Comment aider quelqu’un à évacuer ce qui l’encombre — physiquement, psychiquement — quand la parole seule ne suffit pas ? Comment soulager une tension qui n’a pas de mots, décompresser ce qui s’est accumulé, lâcher ce qu’on ne sait même plus qu’on tient ?
Avant les Jardins Suspendus, il y avait une image bien moins poétique : celle d’une chasse d’eau. Symbolique, certes. Mais juste dans ce qu’elle dit — le corps sait évacuer. Il faut parfois lui en créer les conditions.
C’est de cette question brute, venue de la clinique, que sont nés les outils, les orientations, les espaces. Le jardin est arrivé après. Mais c’est la nécessité qui l’a rendu possible.
Pourquoi un jardin, et pourquoi suspendu ? De la caverne au jardin suspendu →Cette pratique, initiée en 2016, s’est nourrie des travaux de Winnicott, Damasio, Van der Kolk, Dolto, Hubert Godard, Jean-Pierre Royol et Fabrice Midal.
🧩 Quatre piliers
Contempler, détendre, créer, savourer.
Niksen
Contempler · laisser faire
Laisser vagabonder l’esprit sans le tenir ni se concentrer. Ne pas faire pour faire — laisser faire.
Ne rien faire n’existe pas vraiment. On fait toujours quelque chose. Ici, on s’autorise simplement à ne pas faire pour faire — à laisser l’esprit vagabonder. Pas la méditation. Pas une technique. Juste : s’arrêter. Laisser passer. Être là sans rien en attendre.
Farniente
Détente · sieste
Comme le Niksen — mais ici, s’endormir est pleinement légitime. Qu’on dorme ou non : les deux sont valides.
Déculpabiliser le repos. Dans cet espace, la personne ne sera ni mieux vue si elle reste éveillée, ni moins bien considérée si elle s’endort. C’est un entraînement discret mais profond : apprendre à détacher la valeur de soi de ses actions. Être suffit.
Créativité
Expression · passage
Pas une invitation à produire. Un terrain de détachement. Ce qui émerge n’a pas de statut. C’est un passage.
Écriture automatique, gribouillis, sable cinétique, aimants, instruments accessibles à tous — enfants comme adultes. Avant toute proposition artistique, la personne a souvent besoin de se délier de la valeur accordée à ses actions et de la dépendance au regard de l’autre. Ce quadrant est l’espace où ce travail commence. Discrètement. Par le faire, pas par la réflexion.
Plaisir
Jeu · soin · massage
Fil d’Ariane du parcours. Se faire du bien avec peu. Sans culpabilité.
Balle de tennis en automassage, balles à picots, mandala, musique choisie, jeu calme. Ce quadrant ouvre une question : qu’est-ce qui me ferait du bien demain ? Un bain chaud. Dix minutes sans écran. Des gestes simples, à portée de main, qui peuvent devenir des habitudes de bientraitance bien au-delà de la séance.
✨ Kaïros — le moment juste
Rien n’est programmé. Quelque chose émerge toujours.
Dans cet espace, rien n’est programmé. Quelque chose émerge toujours — précisément parce que les conditions sont là. Ces instants ne sont pas des accidents. Ce sont des portes d’entrée.
Traumatisme
La craie et les larmes
Elle ne savait pas quoi faire de cet espace. Un jour, elle touche une craie posée là.
Les premières séances sont difficiles. Elle ne sait pas quoi faire de cet espace. Elle demande mon avis, cherche à faire ce qui serait bien, ce qui me ferait plaisir. L’angoisse remonte vite dès que rien ne la guide.
Je ne la laisse pas prendre le dessus. Mais je ne précipite rien non plus. Je pars toujours du réel de la séance — ce qui est là, ce qui est regardé, ce qui est effleuré. Un objet, un mot, une image, un regard posé quelque part sans le savoir.
Ce jour-là, c’est elle qui touche une craie, sans intention particulière. Je m’appuie sur ce geste — je lui propose simplement d’étaler avec ses doigts. Pas d’écrire. Pas de dessiner. Juste ça.
Elle y passe longtemps. Ses gestes ralentissent. À un moment, elle ajoute quelques gouttes d’eau sur le tableau noir. Elle regarde les traces qui descendent. Ça pleure.
Séance libre
La boule jaune
Elle était venue pour danser. En séance, quelque chose d’autre s’est passé.
Elle vient pour danser. C’est ce qu’elle dit en arrivant.
En séance, elle ne danse pas. Ça arrive souvent — on arrive avec une idée, et quelque chose d’autre se passe.
Son regard s’arrête sur une grande boule jaune de 70 cm. Elle ne sait pas quoi en faire. Je ne nomme pas l’objet — pas son usage technique, pas sa fonction supposée. Je laisse la rencontre avoir lieu.
Elle l’envoie balader. Puis la berce. La cajole. Elle finit la séance blottie dessus, à écouter ce qui se passe à l’intérieur. Elle était venue pour danser. Elle a dansé autrement.
Écriture automatique
L’écriture illisible
Il grimace dès qu’il voit le papier. L’écriture lui renvoie l’école.
Il grimace dès qu’il voit le papier. L’écriture lui renvoie l’école — la faute, le regard, la correction.
Je lui dis simplement que personne ne relira ce qu’il écrit. Ni lui. Ni moi, ni personne d’autre. Et je lui propose, une fois la page remplie, de réécrire par-dessus — jusqu’à rendre le texte entièrement illisible.
L’idée l’intrigue. Éveille quelque chose.
D’une seule traite, pendant dix minutes, il écrit sans s’arrêter. Le flot de ses pensées, sans filtre, sans relecture, sans destination.
Il termine soulagé. Presque amusé. Il avait été le seul dépositaire de ce qui venait d’être écrit. « Lavé. »
Le raté
La craie qui se brise
À peine le geste amorcé, la craie se brise. Des sons émergent.
Elle commence à dessiner sur le tableau noir. À peine le geste amorcé, la craie se brise — plusieurs morceaux tombent et rebondissent sur un balafon posé là, en dessous.
Des sons émergent. Inattendus. Disparates.
Elle s’arrête, surprise. Pas effrayée — surprise.
Je ne commente pas. Je laisse.
C’est elle qui, quelques secondes plus tard, prend un morceau de craie et le laisse tomber volontairement. Puis un autre. Elle joue avec la hauteur, l’angle, la taille des morceaux. La gravité compose à sa place.
Ce qui avait commencé comme un raté devient une exploration. La surprise — qui jusque-là était surtout vécue comme un danger — prend ici une autre couleur. On ne peut pas savoir où ça nous emmène. C’est exactement ça.
📚 Ancrages théoriques
Huit voix qui traversent la pratique.
Françoise Dolto
Pédiatre et psychanalyste française
Tout est langage
Avant même la parole articulée, le corps parle. Ce que la personne ne dit pas, elle le tient, le porte, le contracte. L’espace des Jardins Suspendus est d’abord une invitation à laisser ce langage-là exister — sans le traduire immédiatement.
Hubert Godard
Chercheur en analyse du mouvement, université Paris VIII
La posture est nichée dans l’imaginaire
Ce que nous imaginons façonne la façon dont nous habitons notre corps. Inversement, bouger autrement ouvre d’autres imaginaires. Le travail sensoriel et postural n’est jamais neutre — il touche à l’identité profonde.
Bessel van der Kolk
Psychiatre et chercheur en traumatologie, Boston University
Le corps n’oublie rien
Le traumatisme s’inscrit dans le corps avant de trouver des mots. Les médiations sensorielles — toucher, matière, mouvement, son — offrent une voie d’accès que la parole seule ne peut pas toujours emprunter.
Antonio Damasio
Neurologue et neuroscientifique, University of Southern California
L’erreur de Descartes
Les émotions ne sont pas des obstacles à la cognition — elles en sont le fondement. Accueillir ce qui se passe dans le corps, c’est accéder à une forme de connaissance de soi irréductible.
Donald Winnicott
Pédiatre et psychanalyste britannique
L’espace transitionnel
Entre le dedans et le dehors existe un espace intermédiaire — ni réalité objective, ni monde intérieur pur — où quelque chose peut se créer librement. C’est exactement ce que les Jardins Suspendus cherchent à ouvrir.
Carl Rogers
Psychologue humaniste américain, fondateur de l’approche centrée sur la personne
La relation d’aide non directive
Confiance inconditionnelle dans les ressources de la personne. Absence de jugement. Présence bienveillante sans agenda. Ces trois principes traversent chaque séance.
Jean-Pierre Royol
Docteur en psychologie clinique, art-thérapeute, précurseur de l’art-thérapie contemporaine en France
Le souffle du neutre
Ni méditation, ni respiration dirigée — un état d’équilibre sensoriel qui permet la circulation entre les parts de soi. Royol a nommé ce que la pratique cherche à créer : un espace où rien n’est forcé, où tout peut traverser.
Fabrice Midal
Docteur en philosophie, fondateur de l’École occidentale de méditation
« Foutez-vous la paix »
La bientraitance envers soi-même n’est pas un luxe ni une faiblesse. C’est un acte. Cette permission radicale de se délier de la performance et du regard de l’autre est au cœur du quadrant Plaisir.
📊 Ce qu’on observe souvent
Des tendances, pas des promesses.
Les effets ne sont pas des promesses — ce sont des tendances observées, variables selon les personnes et les contextes.
À l’issue des séances, les personnes rapportent fréquemment : un relâchement musculaire et une détente perceptible, une diminution de l’anxiété et des pensées envahissantes, un sentiment de fierté et une meilleure image d’elles-mêmes, plus de confiance dans ce qu’elles ressentent, moins de dépendance au regard de l’autre, un sentiment de liberté retrouvée.
Plus largement : une déculpabilisation d’aller mal, une acceptation plus douce de leur réalité et de leurs traitements, davantage d’estime personnelle et d’auto-compassion, parfois une diminution des douleurs physiques et un regain de goût à vivre.
🔒 Précautions et cadre
Les Jardins Suspendus ne remplacent pas un suivi psychologique ou psychiatrique. Ils s’y articulent. La combinaison est plus efficace que l’exclusion.
Si vous êtes déjà suivi — c’est idéal. Je demande toujours ce qu’en pense votre thérapeute, et que celui-ci soit au courant de la complémentarité.
Si vous n’êtes pas suivi — des réminiscences peuvent survenir en séance. C’est fréquent, et c’est une bonne raison d’envisager un suivi parallèle. Je peux vous accompagner dans cette démarche si nécessaire.
Si vous avez des spécificités physiques ou psychiques — dites-le-moi. Les séances s’adaptent. Tout ce qui est partagé reste soumis au secret professionnel.
L’alliance thérapeutique est fondamentale. Si vous ne vous sentez pas à l’aise, écouté, respecté — il est préférable d’aller voir un autre praticien. C’est un droit, pas un échec.
🎨 Une distinction essentielle
Art-thérapie
ou médiation ?
L’art-thérapie n’est pas une médiation artistique.
Dans une médiation, on produit. On expose. On montre. On célèbre. C’est légitime — c’est un autre métier, avec ses propres finalités.
En art-thérapie, le médium artistique n’est pas une fin — c’est un passage. Une massue peut devenir quille. Une craie peut devenir étalement. Ce n’est pas de l’art qu’on fait — c’est un détour qu’on emprunte pour laisser quelque chose se déposer, se déplacer, se symboliser. Sans avoir à être compris. Pas encore.
Ces bricolages poétiques ne demandent aucune maîtrise. C’est même leur condition. Le cadre est là pour que cette absence de maîtrise soit possible sans danger — pour que quelque chose puisse émerger librement, sans être capturé trop vite par le verbe.
Ce que l’on vise, c’est la créativité — pas la production. Cette créativité s’ancre dans l’imaginaire et le vécu de la personne. Elle sollicite ce que les neurosciences appellent le réseau en mode par défaut — le siège du vagabondage mental, de l’intuition, de la résolution indirecte de problème. Non par la force, mais par le relâchement.
Ce qui se crée n’est jamais dépourvu des symptômes de la personne. Ce n’est pas une parenthèse hors du réel. C’est une autre façon d’y être.
Je suis attentif à ce qui rate, se bute, échappe au contrôle — car c’est souvent là que s’ouvre la porte. Ce moment-là, c’est le Kaïros : l’instant juste, non planifié, qui devient point d’entrée.
Les mots viennent après — parfois entre les séances, parfois bien plus tard. C’est la personne qui les trouve, à son rythme. Parfois je propose des hypothèses de travail, toujours ouvertes — à saisir ou non. Je n’interprète pas. Je laisse décanter.
Pas de produit. Que du sujet.
Ce qui se fait se défait après la séance — non par négligence, mais par respect. Figer une trace peut figer une personne. L’éphémérité fait partie du soin. Pour celui dont la création est singulière, atypique, non académique — la soumettre au regard d’un public sans cadre, c’est risquer de lui faire rencontrer une incompréhension de plus. Tout est singulier ici. Rien n’est académique. C’est précisément ce qui fait la valeur du processus.
Pour aller plus loin : Neurosciences, créativité et art-thérapie →Si vous cherchez un intervenant pour animer un atelier créatif, accompagner une dynamique de groupe ou concevoir un projet artistique avec vos équipes ou vos publics — c’est aussi possible. Ce sera une médiation. Et ce sera clairement nommé comme tel.
⚖️ Éthique
Le cadre qui rend l’espace sûr.
- Aucune interprétation, même si demandée — l’objectif est de préserver la subjectivité de la personne, non de l’objectiver
- En groupe : aucun commentaire sur ce qui est créé ou non — ni j’aime, ni j’aime pas
- Ce qui se passe dans cet espace appartient entièrement à la personne
- Cet espace ne se substitue pas à un suivi psychologique ou psychiatrique
🌱 Et maintenant ?
